La photographie est-elle en crise?

Aujourd’hui, le numérique révolutionne les technologies comme les arts. Il touche notamment la photographie, déjà en mal de professionnels.

Le chiffre d’affaire des activités photographiques décline. Selon l’INSEE, il était de 126.3 en décembre 2000 et n’est plus que de 101.2 en décembre 2012. De plus, le nombre de photographes professionnels diminue. Il serait de 15 000 en France, selon l’UPC (Union des photographes créateurs). « Il y a 20 ans, il existait à Amiens environ 25 professionnels de la photo. Aujourd’hui, nous ne sommes que 5… » déplore Guylain Devisse, photographe professionnel amiénois, installé rue Jules Barni.

Ce déclin aurait commencé il y a plusieurs années, d’après monsieur Devisse. « Auparavant, il y avait un centre de formation à la photographie à Amiens, nous étions une bonne dizaine par promotions. Maintenant, il existe une école, à Tourcoing, avec des élèves venus de partout : Nord Pas de Calais, Picardie, Ardennes et même Paris ! Et ils ne sont que dix par promos… ». Aujourd’hui, l’Ecole supérieure d’art et de design (ESAD) et l’UFR d’arts d’Amiens donnent encore quelques cours de photographie au sein de leur enseignement. Mais qui dit moins de photographes professionnels dit moins de maitres d’apprentissage.


Y a-t-il encore du travail dans la photo ?

En quelques années, le nombre de fermetures de magasins de photographes et de dépôts de bilan a littéralement augmenté.

Pour ce qui est du travail hors laboratoire, il reste difficile d’avoir une activité professionnelle. François Cailleret, amiénois, fait de la photographie depuis 3 ans, sur numérique. « Le plus compliqué est de choisir son statut en tant que photographe. J’ai choisi auteur-photographe, c’est-à-dire que je peux vendre les droits de mes images et vendre quelques tirages ». La différence entre d’autres statuts de photographe est qu’il n’a pas de prestation à apporter, ni de commandes précises.

Son souhait ? Vivre, bien sûr un jour, de la photographie. « Cependant, je fais surtout du paysage naturel et urbain, en vivre n’est vraiment pas facile ! », déclare François Cailleret. Malgré tout, le photographe travaille avec l’éditeur Martelle, qui édite des cartes postales et marque-pages avec ses clichés. « Ce n’est pas énorme, mais à côté, j’ai réussi à vendre les droits de plusieurs photos. Ça m’a permis d’acheter du matériel plus performant ».

Mathieur Farcy, lui, termine son année de formation à Paris, de photo reportage. Auparavant, il faisait de la photographie amateur, notamment des portraits. « Et puis, j’ai voulu en faire mon métier, raconte l’amiénois. Je m’oriente vers du photo documentaire. Y aura-t-il du travail dans cette branche ? Bonne question !! mais je reste motivé. De plus, les piges et les contacts sont essentiels pour percer dans le milieu de la photographie ».

Le numérique, merveille de la technologie ?

Depuis quelques années, la photographie numérique a explosé avec son lot de nouveautés. De nombreux logiciels photo se sont mis à tourner sur le web. Photoshop est rapidement devenu la référence dans le milieu de la retouche photo. Même les photographes professionnels l’utilisent, à l’instar de Guylain Devisse. « La retouche numérique est pratique. Assombrir, illuminer, contraster les couleurs, les changer permet de rendre le cliché beaucoup plus beau, affirme celui-ci. Bien souvent, nous enlevons les imperfections de la peau. Par exemple si sur une photo d’identité, la personne a un bouton ou un pansement sur l’œil, comme ce fut le cas pour un élève lors d’une séance scolaire, nous retouchons ».

Guylain Devisse, photographe depuis 30 ans, a vu le numérique exploser.

Guylain Devisse, photographe depuis 30 ans, a vu le numérique exploser.

Le numérique et internet a également apporté quelques désagréments pour la profession. La photographie est à la portée de tous et le nombre d’amateurs grandit. Guylain Devisse explique que lorsque l’on cherche les photographes professionnels dans les pages jaunes dans le Nord Pas de Calais, on en trouve une centaine. Cependant, si l’on cherche sur Le Bon Coin par exemple, on tombe sur des centaines d’annonces de photographes. « Ces annonces sont souvent pour des mariages. Les amateurs prennent à très bas prix. C’est du travail au noir. Et finalement, les professionnels ne sont plus sollicités et l’édifice de la photographie s’effondre », déclare le photographe amiénois.

Internet et photo font-ils bon ménage ?

Autre soucis du numérique : les droits des photographies. « De plus en plus, les photographes mettent leurs images en ligne, sur des sites de partage, sur des blogs ou sur des réseaux sociaux comme Facebook. Sur internet, le risque de vol des droits d’images est important. Un simple copier/coller et le mal est fait » affirme le photographe François Cailleret. Il explique qu’il existe des données sur chaque photographie faite et mise sur le web, « comme le numéro de série de l’appareil photo, la date de la photo, etc. Ses données peuvent donner une preuve que l’image nous appartient ».

Pour Mathieu Farcy, « nous sommes au carrefour de la fin de l’ère photographique à l’image fixe et tendons vers d’autres manières d’utilisation de la photo ».
De nos jours, le web et le papier se font concurrence.  « La frontière s’amincit pourtant entre ces deux médias et ils finissent par se compléter. Le papier pourrait devenir le supplément du web, à l’inverse de ce qu’il se passe maintenant, qui sait », avance le photographe.
« Peu de personne paie pour les diaporamas sonores ou les web docs. Cependant, ce sont des contenus plus riches et finalement plus intéressants qu’une seule image fixe ! continue-t-il. Un nouveau modèle économique se met en place, notamment avec les pure players. Nous avons intérêt à nous servir des nouvelles technologies pour pouvoir avancer ».

Les différentes facettes du photographe

L’INSEE définit le photographe professionnel celui qui a une activité consistant à prendre des clichés, et éventuellement les développer, les tirer et les retoucher, sans que cette activité ait un but purement artistique. Il existe des photographes de mode, de presse, industriel, publicitaire ou encore illustrateur.

Mathieu Farcy, arrivant sur le marché du travail, aimerait conserver « plusieurs cordes photographiques à son arc » : « Il n’y a pas seulement la photographie de presse qui m’intéresse, mais également les portraits et l’éditorial, c’est-à-dire l’illustration pour du contenu ». Il explique que dans le milieu de le presse, les photographes touchent à d’autres branches. « Beaucoup font du corporate. Il s’agit de la photographie de communication interne des entreprises ».

PhotoUne

 Guylain Devisse, lui, fait plusieurs métiers dans un seul. « Il m’arrive de changer trois fois de vêtements par jour pour le travail ! ». L’amiénois est amené à couvrir des mariages, des inaugurations et des événements institutionnels. Cependant son activité principale est le scolaire. 80% du chiffre d’affaire du studio Devisse se fait hors magasin. « En plus de tout ça, nous avons un magasin de photo pour les photos d’identité et portraits. Nous proposons également des assemblages photographiques, des impressions de livre-photo sur papier glacé et des grandes impressions, pouvant aller jusqu’à 10mètres de longueur ! ».

Aujourd’hui, les photographes ne se limitent donc pas à la prise de vue, mais se commercialise. Vente de matériel, tirage de photographies pour amateurs et professionnels ou encore sous-traitance d’autres photographes sont des activités typiques du photographe professionnel.

Un public à la mentalité changeante

L’avènement du numérique permet à tout le monde, donc, de faire de la photo. A notre époque, prendre des milliers d’images et les garder sur un ordinateur, une clef USB ou un CD est désormais courant. « Ce n’est pas une question de prix, car proportionnellement, tirer ses photos revient moins cher ; mais un changement dans la mentalité, explique Guylain Devisse. De nos jours, les gens veulent tout dans l’immédiat. Ils prennent une photo avec leur smartphone qui se retrouve en deux secondes à l’autre bout de la planète. C’est une autre époque, tout va vite. Mais en restera-t-il un souvenir dans 30 ans ? ». Le photographe François Cailleret rajoute que « les images mises en ligne sont non exploitables. La qualité est très basse ».

De plus, selon Guylain Devisse, l’histoire de la photo en question s’estompe avec le temps. « Lorsqu’on ne regarde pas ou plus un cliché, il ne vit pas. On photographie un tas de moments qu’on ne regarde plus jamais étant donné qu’on les a déjà revu sur l’écran de l’appareil ».

DiapoEtArgentique

Est-ce alors la fin des pellicules argentiques et diapo ? « Il est encore possible d’acheter ses deux sortes de pellicules photos, mais pour la pellicule diapo, on ne peut plus les développer » répond le photographe amiénois. A Amiens, il n’existe aucun laboratoire photographique ni photographe qui utilise les diapositives. « L’oxydation des bassins servant à tirer les diapos est bien trop rapide ».
Et l’argentique se meurt également.  Même l’entreprise Kodak a du mal à s’en remettre. « On a fermé le dernier laboratoire argentique en France il y a déjà 6 ans ! » explique Jean-Paul Jolly, représentant du siège Kodak à Paris.

Depuis 4-5 ans, le numérique et les écrans de télévision ont donc remplacés les diapositives et le projecteur. « Je le conçois, concède Guylain Devisse. La vidéo projection et la vision sur grand écran sont une même façon de regarder des images ».

La prise de vue n’aurait plus besoin de support papier ?

Au début de la carrière de Guylain Devisse, certaines entreprises commandaient des clichés. « C’était un autre métier, une sorte de photographie publicitaire. On tirait sur papier glacé ou photo les clichés demandé, raconte l’amiénois. Aujourd’hui, les entreprises utilisent le numérique et l’impression. Peu importe si les images et slogans s’effacent au bout de quelques mois ».

Depuis un an, Guylain Devisse constate cependant un retour régulier pour le tirage des photographies. « Bien souvent, l’ordinateur conservant les photos tombe en panne et perd tous ses fichiers, ou alors la clef USB se perd, alors pour éviter cette perte de clichés, certains amènent sur CD ou clef des centaines voire des milliers de photos à tirer ! ». C’est bien le problème du numérique. Les technologies évoluant, la perte des fichiers, et donc de photographies, devient récurent.

La « vraie photo » comme l’aime à l’appeler Guylain Devisse consiste à tirer les clichés sur du papier photo. « Il faut différencier l’impression du tirage. Avec le numérique, on peut imprimer les photographies sur du papier classique avec une imprimante classique. Les tirer consiste à les faire passer dans des bassins de différents liquide permettant l’apparition finale sur le papier photo ».

Dorénavant, les bains afin de tirer les photographies se trouvent dans des machines.

Dorénavant, les bains afin de tirer les photographies se trouvent dans des machines.

Que ce soit une pellicule venant d’un appareil photo argentique ou des photographies numériques venant d’une clef USB, les clichés peuvent désormais être tirés de la même façon. « La qualité et la conservation de la photographie sont nettement supérieures au papier classique !, expose Guylain Devisse. Cette qualité devient un grand souci photographique à l’heure actuelle. Trop de clichés sont imprimés et s’effacent avec le temps ».

L’enquête de cet article a été réalisée pour Le Téléscope d’Amiens, webjournal, lors de mon stage. Vous pouvez le retrouver sur le site.

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