Le vent se lève : Hayao Miyazaki arrête de rêver

Le vent se lève est le dernier film d’animation d’Hayao Miyazaki, des studios Ghibli. Il prend sa retraite en nous laissant un gout amer, adulte et sans rêve.

A 72 ans, le réalisateur, et maître incontesté de l’animation japonaise, Hayao Miyazaki nous livre sa dernière création, Le vent se lève (2014).
Le film raconte une partie de la vie de Jiro Horikoshi (1903-1982), un ingénieur en aviation. Les événements historiques réels de l’époque sont tous retranscrits: le séisme de Kanto en 1923, la Grande Dépression, l’épidémie de tuberculose et l’entrée en guerre du Japon. Jiro connaîtra l’amour avec Nahoko et l’amitié avec son collègue Honjo. C’est lui qui fera entrer l’aviation dans une ère nouvelle.

La fin du rêve et l’entrée chez les adultes austères

Il s’agit du premier Ghibli s’inspirant de personnages réels et d’histoires réelles. Et… il n’y a aucun élément fantastique. Miyazaki a tout de même glissé quelques scènes oniriques des rêves de son héros principal, Jiro.

Mais on est loin, très loin du rêve et de l’imagination que procurent les animations comme Nausicaa de la vallée du vent (1984), Mon voisin Totoro (1988) ou encore Le Voyage de Chihiro (2001). Le Vent se lève est dans un monde adulte, voire austère et dur. On y rencontre le feu, la guerre. Comme dans Le tombeau des Luciolles (1988) me direz-vous. Oui, sauf qu’il n’y avait pas d’égoïsme !

Ici, le héros songe à son propre rêve, celui de créer de beaux avions, sans se soucier, ou presque, de la santé de sa bien-aimée. Il rentre tard, travaille même lorsqu’elle est présente, ne veut pas qu’elle reparte se soigner à la montagne (tuberculose), ne parle que de son envie… Sans doute est-ce ainsi, une vie d’adulte. Mais peut-être peut-on y apporter encore du rêve, de la douceur et de l’imagination ? Grandir et voir ses rêves s’accomplir ne veut pas forcément dire ne plus créer ni imaginer… Et c’est ce dont on a l’impression dans Le vent se lève.

Attention, ce film d’animation n’est pas vraiment pour les enfants.

Les autres films d’animations d’Hayao Miyazaki

Le château de Cagliostro (1979)
Nausicaä de la vallée du vent (1984)
Le Château dans le ciel (1986)
Mon voisin Totoro (1988)
Kiki la petite sorcière (1989)
Porco Rosso (1992)
Princesse Mononoké (1997)
Le Voyage de Chihiro (2001)
Le Château ambulant (2004)
Ponyo sur la falaise (2008)

Et aussi tous les films d’animations du studio Ghibli !

gif totoro

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7 réflexions sur “Le vent se lève : Hayao Miyazaki arrête de rêver

  1. « Il s’agit du premier Ghibli s’inspirant de personnages réels et d’histoires réelles. » Attention aux raccourcis dangereux ! « Le Tombeau des Lucioles » que tu cites un peu plus bas est issu d’un livre certes, mais d’un livre semi-autobiographique dont de nombreux éléments concordent avec l’histoire de l’auteur (et avec l’Histoire même avec la Seconde Guerre Mondiale et la situation du Japon). « Porco Rosso » est lui complètement intégré à la première guerre mondiale, au point de voir une séquence avec les premières manifestations liées au fascisme et à la montée de la guerre en Italie ! Même l’histoire de « Mon Voisin Totoro » est elle aussi en partie inspirée de la réalité et de la situation personnelle du maître (enfance en campagne, mère malade …).

    Quant à ta critique en tant que telle, je pense qu’il te manque un élément concret de compréhension. Le contexte du film est une récession d’avant-guerre. L’histoire de Jiro mêle, comme tu le dis si bien, d’autres désastres comme le tremblement de terre de Kobe. Le titre même du film devrait t’éclairer « Le Vent se lève, il faut tenter de vivre ». Le vent porte ici les bonnes comme les mauvaises choses et il faut s’en accommoder et savoir d’où vient le vent pour mieux s’en relever. Si Jiro travaille tant, ce n’est pas seulement par passion mais par nécessité. Et l’amour qu’il porte à sa bien aimée dans ce contexte est très fort. Dans sa situation, aucun moyen d’arrêter de travailler pour s’occuper d’elle, il lui faut bien travailler pour les faire vivre. Il ne peut rien faire de plus. En revanche, ils choisissent tout deux de vivre leur amour autant que possible. Rien n’est simple mais ils le savent et le choisissent, un très beau message parmi d’autres que portent ce film.

    Après, c’est aussi une histoire de goût et de ressenti, je te l’accorde ! Mais de là à dire qu’il n’y a aucun élément de fantaisie (alors que mon voisin Totoro en porte à peine autant) c’est un peu dur 😉

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    • Enfait… Je le trouve vraiment trop « adulte ». Il ne m’a pas permis de m’évader, de faire travailler mon imagination, alors que les autres Ghibli, et autres Miyazaki, ont vraiment développé une rêverie chez moi, comme d’autres films et livres et oeuvres de divers genres ont pu le faire.
      Pour ce qui est du Tombeau des Lucioles, c’est bien en période de guerre et c’est un animé plutôt dur. MAIS je n’y ai point trouvé l’égoïsme que j’ai ressenti dans Le vent se lève. C’est du ressenti, c’est certain, mais une critique n’est pas réellement objective n’est-ce pas ?! 🙂
      Cela dit, j’avoue avoir été très dure envers Le vent se lève. C’était du tout chaud, au sortir de la salle de cinéma…!

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      • « C’est du ressenti, c’est certain, mais une critique n’est pas réellement objective n’est-ce pas ?! 🙂 »

        Tout à fait ! Mais l’échange ouvre parfois d’autres portes alors je me permets de le discuter un peu, c’est important 😉
        J’espère qu’une deuxième vision te sera moins décevante !
        En tout cas ravi de voir que tu n’as pas oublié Le Château de Cagliostro dans la filmographie, tout le monde semble l’écarter c’en est désespérant ^-^

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      • Je suis tout à fait d’accord: sans échange, le monde n’avance pas 😉
        Le Château de Cagliostro est un de mes favoris à vrai dire… Il est ancien et n’est pas vraiment connu, c’est pour ça qu’il est écarté par la plupart des gens. On parle plus du Château dans le Ciel et d’Arrietty.

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  2. Vous avez oublié de mentionner la présence de Hans Kastorp, le personnage de fiction de Thomas Mann (der Zauberberg), qui a son importance pour la dimension onirique (et fantastique) de l’animation. Vous omettez aussi le contexte primordial de la culture japonaise de l’époque, qui donne à cette tuberculeuse cet engagement particulier vis-à-vis de Jiro (extraite du zen du bushido, qui idéalise la disparition à l’apogée de la splendeur personnelle comme la fleur de cerisier) ; d’où ce lien avec le vent, kaze, souffle, etc. Enfin, le fantastique apparaît aussi dans le bruitage des moteurs, composés par voix humaines.

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  3. Non seulement il s’agit d’un film engagé politiquement, mais il est en plus empreint d’une poésie toute japonaise. C’est une dénonciation de la guerre, une réflexion pacifique, on lui a même reproché d’être anti-nationaliste au Japon où le film a créé la polémique lors de sa production. Ce ne fut pas un film facile à faire et il n’est peut être pas « facile » à voir, mais il reste un un chef d’oeuvre technique et poétique, qui ne fait peut être « pas rêver » en effet, comme les anciens. Le titre même est à double sens, entre la citation et le sens nippon: le vent des kamikazes se lève (vent = gaze). Le film parle du développement de l’aviation, c’est à dire du développement des avions destinés aux kakikaze (les dieux du vent). Je comprends bien entendu l’importance du ressenti ! 🙂 Mais ici le rêve du réalisateur n’est pas absent. Il a muri, c’est aussi un film qui récapitule son oeuvre, les messages qu’il voulait transmettre aux japonais et à leurs enfants.

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  4. J’ai trouvé que l’erreur qui a été commise dans cette critique vient d’un préjugé qui vous a certainement gâché le film : je pense que vous avez simplement considéré que Ghibli était synonyme de rêve, et de compassion, et Le vent se lève et bien l’exemple qui prouve que non. Je trouve que c’est la poésie mêlée à l’onirisme (de la réalité) du héros principal qui donnent à ce Ghibli toute sa saveur. En plus Jiro est très loin d’être égoiste, il est obsédé et passionné et l’amour qu’il a pour sa femme est très fort, le choix qu’il fait reste logique, le contraire aurait été incohérent.

    Mon cousin étant exactement trait pour trait le portrait du héros, j’ai trouvé ce Ghibli criant de réalité et d’engagement, il donne, de plus, un autre avis sur ce qu’à pu être l’entrée en guerre pour les Japonais à cette époque.

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